mardi 12 septembre 2017

Images été 2017 avec un petit texte de Michel Serres, bien connu sur France Info


Les guides..."Je ne connais aucune profession pour laquelle je nourrisse un respect aussi grand. Voilà des gens courageux, aguerris, extraordinaires, pédagogues, généreux...Ces femmes et ces hommes risquent leur vie pour leur clients. 

Dans un monde banal qui célèbre l'égoïsme et la triche, je salue avec émotion et admiration ces hommes et ces femmes qui n'ont jamais droit à l'erreur, qui vivent dans la santé mais aussi dans la sainteté!


L'héroïsme de tous les guides, que j'ai connu ou aimé , consiste à ne vaincre personne, à ne se faire l'adversaire de personne, le rival de personne, mais à se retrouver seul à seul devant les objets inertes.


Roche et glace, devant le monde tel quel, devant la terre, devant la planètedevant la mort comme nous nous retrouverons tous un jour devant la mort.

 


 Retour magique avec un couché de soleil sur la Civetta 

 La Jordanne , Cantal








jeudi 6 avril 2017

Cantal Stat ( ique)



Et non pas Cantal Mouv car une tendance lourde c'est cantal stat, comme statique [ immobile; inerte, sans mouvement ]  

Petit aparté: Le lac des Graves, base où depuis 20 ans prospèrent un tant soit peu les activités touristiques de pleine nature. Structure mise en place sans aucune subvention, sans aucun bureau d'étude budget ( public) tivores . Depuis le début nous avons juste réussi à avoir quelques soutiens pour quelques projets. Globalement on peut constater que les décideurs politiques attendent beaucoup trop des cabinets d'étude extérieur, des projet ex nihilo. Ils écoutent les grands diplômés qui les font rêver devant leurs "powerpoint" trop stylé...et n'écoutent pas assez les besoins du terrain qui lui se débrouille comme il peut.. Ainsi au lac des Graves, il y a la seule via ferrata non subventionnée de France! des exemples de dossiers presque scandaleux dans le Cantal, j'en ai au moins 4 . 

Bientôt le bac. A l'école d'escalade, une fois encore mais pas trop cet année, des jeunes que l'on transforme en grimpeurs ( ses) de bon niveau vont partir vers les études supérieures.Tous les 3/4 ans c'est ainsi une véritable saignée qui s'opère et le niveau général des grimpeurs du club stagne. Cela va faire la 4 ième fois en 10 ans que j'entraîne à Aurillac que cette fuite de l'énergie en devenir se produit. Si ces jeunes restaient le niveau général du club serait bien plus haut, il y aurait une culture de la pratique plus affirmée et naturelle.

Si l'on élargit la perspective en sortant du cadre étroit de l'escalade, on touche du doigt un des plus gros handicap du Cantal. Chaque année, ces jeunes ouverts et dynamiques doivent émigrés vers Paris et les Grandes Ecoles pour les meilleurs et ainsi de suite la pyramide se remplie, ne restent que ceux qui redoublent où qui veulent rester dans le Cantal, ce qui a de rares exceptions n'est pas une garantie absolue de dynamisme! Et le phénomène dure depuis longtemps. Encore avant l'exode débuté au 19ième siècle, y avait il encore une population nombreuse et jeune mais maintenant: pas grand monde, des anciens, des résidences secondaires.

On pense que l'on a des paysages exceptionnels dans le Cantal, des possibilités insensées, que c'est sûr qu'avec la quête du bio, du préservé, de l'authentique les gens vont venir à nous...

Non, on a pas de paysage grandiose, d'une exceptionnelle évidence. Pas d'endroit mythique que l'on évoque aussi bien en Chine qu'aux Etats Unis, pas de Grand Canyon, pas de Mont Blanc ni ce Cervin, pas de chute du Niagara, On a de beaux paysages mais que dire des Gorges du Tarn et Jonte ou alors de la vallée de Chaudefour ou Truyère. Et les plateaux du Vercors et autres moyennes montagnes des Aravis ou d'Ardèche? Ils axent leurs communications exactement sur les mêmes thèmes: authentique, bio, calme, préservé etc.

Il n'y a de richesses que d'hommes disait un économiste célèbre: Alfred Sauvy.




dimanche 26 mars 2017

Un pas de coté...




Aller chercher plus loin, plus vite, plus fort, le tout en permanence connecté à la toile, en temps réel, bientôt en réel augmenté peut être...sponsorisé au nombre de clic sur son profil facebook...

Où est le rêve, où est l'aventure. La montagne, la grimpe de mes débuts ne peut se résumer à cette sportivisation marchande. Nos activités deviennent "mainstream", tant mieux pour notre porte
 monnaie, nous les pro... mais est ce bien la même chose que ce que nous avons adoré il y a maintenant un moment et dont il reste bien évidemment des survivances. Désormais il y a des grandes surfaces entièrement dédiées à la montagne ( escalade, alpinisme version 2.0: encadré, sur des traces gps , des panneaux etc...), des salles d'escalade commerciales monstrueusement belles et grandes dans la plupart des villes ( le grimpeur actuel est un marché; on est loin des hordes chevelues décriées par le maire de Buoux dans le topoguide des années 90).

Grimper en salle est bien sûr une activité très complète, et enrichissante; aller à fond sur une trace est tellement grisant...faire l'Aconcagua, l'Everest, le Kili, le mont Blanc: c'est une belle épreuve. Toutefois cela se résume à suivre des chemins, des pistes , des voies déjà tracées. La plupart des personnes qui s'y risque seraient bien incapables de trouver les sommets sans ces pistes!

Même la face nord des Grandes Jorasses ou des Droites obéit à cette logique lorsque les conditions sont très bonnes; il n'est ainsi pas rare d'y retrouver des dizaines de cordées qui suivent la trace d'en haut en bas! les secours à porté de téléphone portable. Dans ces mêmes lieux il existe bien évidemment des alpinistes traditionnels qui se lancent les premiers dans les itinéraires, pas forcément n top conditions, et qui eux peuvent j'imagine ressentir ( et sans doute aussi rechercher), le parfum de l'incertitude!

Aller dans les Pyrénées par exemple, en hiver, faire une face peu parcourue, difficile par rapport à son niveau, hors de porté de portable et hors de vue de refuge, n'est il  pas plus représentatif de l'esprit "d'aventure" que la queue leu leu dans une classique ED du massif du Mont Blanc; vue en vidéo, relaté sur C2C par 25 cordées?

Se sentir plus vivant, exister ( comme disait rébuffat: ne pas se contenter de vivre mais d'exister!), voici ce que permet d'alpinisme, la grimpe. Etre au contact d'une nature sauvage, apprendre à composer avec elle, la connaître, ne pas se sentir agressé par le froid, le rocher...par delà le matériel qui n'est important qu'à la marge. Etre finalement en harmonie avec l'hostilité perçue  initialement. Etre léger, bien posé sur ces pieds, se sentir invulnérable sur des petites réglettes...

Cela ne s'achète pas! C'est le temps passé sur les parois, dans le milieu qui prévaut. Bien souvent les Ultra trailers que j'ai au Mont Blanc sont bien déconcertés, complétement à la rue alors qu'ils n'ont fait que 1500m de dénivelé... la montagne ne se résume pas en chiffre et c'est très bien ainsi! Au même endroit j'ai eu quelques fois des bucherons bedonnants très à l'aise, car ils ont le cuir durcit au contact de la Nature!

Pour acquérir cette expérience, les chemins peu fréquentés, où la mousse pousse sur les prises, où la trace est à faire dans la neige fraîche, où il y a peu d'informations, voici les chemins les plus enrichissants. Il y en a certainement pas loin de chez vous! Pour briller sur Facebook c'est pas le top mais on s'en fou!

Peut être, pour retrouver l'esprit de transgression de la montagne, de la grimpe des années 80, faut il dire merde aux réseaux sociaux!








mardi 21 février 2017

Fait beau...

Fait beau, dernier jour avec ces stagiaires...
Envie de leur faire plaisir, d'aller où il y a personne, des traces à faire: le top. Trouver la neige immaculée: c'est être considéré comme un prophète; ce qui ne peut qu'être un tant soit peu grisant, même sans posséder un orgueil hypertrophié.
Après une belle trace dans la poudre: on est dans les premiers sur le glacier à la sortie de la benne des "Grands" ( Montets; secteur emblématique du ski hors piste mondial), il va falloir choisir le col où monter en ski de randonnée pour faire le programme prévu.
On met les peaux sous les skis, on attaque à remonter le glacier en faux plat d'Argentière, passant en revue les emblématiques faces nord. Il est tombé pas mal de neige, il y a eu du vent. Nous sommes les premiers. J'hésite entre un col présentant des pentes assez raides où je suis aller la semaine dernière et un col moins raide dont je n'ai pas repéré l'accès aux premières pentes du glacier. Après une bonne dizaine de minutes à observer tout en avançant, je décide de choisir de limiter le risque d'avalanche et de m'orienter vers le moins raide. Même si cette année je n'y suis pas allé, je connais bien cette randonnée et je me débrouillerai bien pour passer la moraine. Au dessus c'est tout blanc, cela sera fabuleux tout en restant sûr! J'ai pris une bonne décision. Je n'arrive pas à voir si cela passe directement par le glacier aussi je prend le chemin du refuge que je connais bien, on pourra put être manger sur la terrasse...Les stagiaires sont motivés: ils avancent bien et c'est bien trop tôt que nous passons devant la terrasse...Nous continuons sur la moraine toute blanche mais où finalement il y a peu de neige. Juste une illusion car le vent à tout lissé, comme si un plâtrier était venu avec de l'enduit fin... S'ensuivent quelques conversions pénibles mais finalement nous arrivons à prendre pied sur le glacier et mangeons juste sur le bord. Grand beau, belle neige. Le glacier est quand à lui bien blanc mais des ilôts de glace verdâtres apparaissent maintenant clairement. Le vent à râper toute une partie du glacier et la neige est posée sur la glace en une mince pellicule. Le cheminement à ski, surtout à la descente va demander de bien choisir l'itinéraire et de bien cadrer le groupe déjà excité par les traces à faire et les inévitables vidéos à partager avec le monde entier!

Le glacier parait bien bouché car uniformément blanc, mais le regard verdâtre de la glace qui affleure parfois ne m'inspire pas et je décide de remonter sur le bord du glacier, très proche de la rive.Après quelques conversions dans des pentes modérés, je repère une vieille trace qui a été révélée par le vent. Elle tombe bien car elle traverse le glacier à un endroit très plat qui évite finalement un gros détour. Les stagiaires commencent pour certains à traîner un peu, cela sera mieux pour eux, et pour moi: win/ win: Plus vite en haut, plus vite en bas; j'ai aussi des trucs à faire ensuite.

Une conversion de plus en discutant avec Gustav quelques mêtres derrière moi.



Les bâtons sous les aisselles, je gaine et suis pendu comme sur une barre fixe. Les stagiaires me regardent, enfin les premiers car les autres ne voient rien. J'ai les pieds dans le vide. Bien emmerdé avec tout ce fourbi sur le dos pour me remuer et me rétablir. Gustav veutm'aider. Moi ca va. Je suis pas mal. Faut juste se rétablir sur le bord du trou sans perdre les skis. Enlever un ski. C'est alors que je vois que c'est noir. Etroite mais profonde cette crevasse. Ce noir m'émeut quelques secondes avant que je m'organise pour déchausser un ski, puis l'autre et enfin me rétablir sur le bord du trou, non sans avoir jeter un dernier coup d'oeil au noir blafard, car issu du bleu translucide de la glace. Un noir froid, inerte, qui encore me fait froid dans le dos. Une scène d'une minute dans un théâtre grandiose qui est une parfaite illustration de la précarité de nos traces. D'ailleurs des traces ont en a fait des belles ensuite. Monté au col encordé, nous avons peints de belles arabesques sur la poudre immaculée. Elles sont bien sûr déjà effacée par le vent mais bien présente dans nos mémoires; comme le noir blafard, le noir issu du souffle glacé des entrailles du glacier.

dimanche 8 janvier 2017

Infos conditions et meilleurs vieux

Etre de meilleurs vieux en 2017, c 'est tout ce que je vous ( me) souhaite pour cette nouvelle année! Bien que l'on soit jeune, on sera ( je l'espère pour moi en tout cas), toujours un peu plus âgé en 2017...être un bon vieux un jour, cela devrait être le rêve de tout un chacun; alors que l'on ne pense souvent qu'à faire illusion de jeunesse. Elle a un coté sacrément con la période que l'on vit en Occident, non?

CONDITIONS ci dessous
Quelques possibilités de glaces ( pas très épaisse) sur le Peyre Arse dans les ravins coté Impradine...
Info et photo sur la page facebook  "o ptit montagnard".

jeudi 20 octobre 2016

GRIMPE EN ROUMANIE



Parmi les premières images sur la Roumanie qui viennent à l’esprit il y a le cliché du petit roumain qui fait la manche au coin de la rue ( est il vraiment roumain d’ailleurs) ?
Une fois posé sur le tarmac de l’aéroport de Bucarest : c’est plutôt un endroit comparable à la France qui nous accueille. Internet,4G, Mac Do ; Carrefour et  SUV à gogo  et pas que des Duster ( Dacia est une marque roumaine de renault), pas mal de porches Cayenne même !  On croise fréquemment quelques charrettes attelées à un  cheval mais c’est loin d’être fréquent.  Dans les pâturages : des meules de foin parfois énormes amassés sur de grands pieux près de chaque maison  témoignent d’un choc  entre le monde moderne (qui s’installe dans le pays depuis une 20aine d’années)  et le mode de vie à l’ancienne encore très présent …

Tous cela pour dire que aller en Roumanie, au niveau du choc culturel, c’est pas plus violent qu’aller en Espagne ( on va d’ailleurs trop grimper en Espagne, les Carpates sont l’occasion de changer d’horizon) .




Nous sommes donc 4 ( Gaylord Dugué, Olivier Monneron, David Vigouroux et zsolt Osztian) à nous retrouver dans le 4X4 pour découvrir les Carpates verticales. Guides ou moniteurs d’escalade auvergnats, c’est l’occasion de prendre des vacances originales et pas trop onéreuses après la saison ; pour Zsolt, c’est par contre l’occasion d’un retour aux sources car il est né en Roumanie et son père y a grimpé dans les années 70/80. C’est pour nous une aide précieuse car il a déjà randonné dans quelques massifs et s’est très impliqué dans la prise d’information au préalable. En revanche, pour communiquer, être  avec quelqu’un du cru  n’est pas du tout indispensable, les roumains parlant fréquemment anglais ou français.
Nous prenons la route de Baile Herculane, site repéré par le ROC TRIP Petzl de 2014 qui a parcouru les pays de l’Est jusqu’en Turquie. Effectivement nous sommes bien là sur un spot bien dans l’air du temps. Du beau caillou, du dévers, des colonnettes, des voies jusqu'à 2 ou 3 longueurs aussi. L’équipement est nickel . Nous avons le topo de  Gerald Krug, « Dimension Vertical » . Il y a pas mal de secteurs dans la vallée et nous choisissons celui de la photo de couverture : le secteur Cascade. Les schémas ont l’air top,  ça inspire confiance ! . Du coup après avoir pris un chemin qui devait d’après le topo raccourcir, on fini par se retrouver dans la pente à remonter au mieux vers la falaise que l’on atteint au bout d’une heure et demi…
Sous la pluie nous arrivons au pied de ce secteur où grimpent une quinzaine de roumains, les 2 ou 3 allemands règlementaires sur un site d’escalade majeur et c’est tout.  Le caillou  est encore neuf et c’est le site à la mode en Roumanie. Les grimpeurs rencontrés ont pour beaucoup fait 3 h de route pour venir. Ils nous expliquent que la grimpe sportive est vraiment en vogue et que les grandes voies sont peu fréquentées ! C’est au  son de «Aux Champs Elysées », joué au banjo et repris par pas mal de grimpeurs présents que nous tapons un run dans un 7C majeur. Les roumains ont le sens de l’accueil et ils sont contents de  voir des grimpeurs de l’Ouest  s’intéresser à leurs cailloux. 



 Première étape de notre Roc Trip, Herculane s’avère être un endroit qui mérite un séjour prolongé.


Sur la route à nouveau, nous passons un col de nuit, entre deux nappes de brume, dans les phares apparaissent des cahutes dont  un restaurant qui semble « authentique ». Ce fut une authentique arnaque à touriste où nous avons mangé pour 25€/ pers alors qu’en général, on trouve pour moins de 10€, voir autour de 5€ la pizza, même en centre ville.
Sohodol, étape intéressante sur un beau calcaire. Moins majeur qu’Herculane, Sohodol mérite le détour pour la qualité du rocher. C’est une gorge étroite parcourue par une route peu fréquentée et une belle rivière. Il y a moyen de poser la tente à pas mal d’endroit et même à l’abri de la pluie, sous les surplombs à 2 mètres de la voiture. Arrivé de nuit, nous n’avions pas vu les détritus plastiques qui décorent le moindre buisson. Nous constaterons la même chose sur des sites touristiques  comme cheile turzi ou cheile bicazului. En Roumanie, il n’y pas encore eu la « prise de conscience écologique », certains endroits sont très sauvages et propres (piatra craiului, Bucegi), d’autres salis par une mauvaise gestion de l’afflux touristique (Bicaz, Cheile Turzi, Sohodol …)





Sohodol : Intéressant pour le niveau 6 a à 8a. Voies d’une longueur.
Ayant pris perfo et goujons, nous cherchons cependant la ligne majeure ( et  pas trop extrême non plus)afin d’ouvrir une grande voie au pays de Dracula… Et Sohodol ne recèle pas le potentiel pour ouvrir une belle voie sur plusieurs longueurs.
Aussi nous reprenons la route ( les routes sont globalement bonnes, relativement à nos références auvergnates…), cap au Nord vers Cluj Napoca pour les gorges de Cheile Turzii. Belles  gorges qui fendent un plateau calcaire proposant des voies de 100 à 250 m sur des arêtes ou des dalles. C’est un endroit très fréquenté, en témoignent  les baraques de souvenirs et de snack sur le parking ( goutez les Kurtos Kolacs, patisseries Hongroises,  c’est une tuerie, après l’escalade bien sûr). Un très bon sentier parcoure le fond des gorges. Le parking est également un spot de bivouac très fréquenté avec une fontaine. 
Ici c’est le royaume des grandes voies classiques avec une superbe arête sur le  Turnul Ascutit,  ( 6 a max , pitons ,  1 pas plus dur dans L2 où l’on peut se débrouiller en tirant sur un alien pour ne pas faire du 7a).  Nous avons aussi grimpé une voie plus dure en dalle équipée très années 80 : « Golander »7a . Nous découvrons ici ce que nous soupçonnions : les roumains n’ont pas laissé beaucoup de lignes vierges, toutes les faiblesses sont hérissées de pitons. Les dalles sont souvent parcourues par des voies relativement engagées type  Super Médius à la Sainte Victoire : on ne peut pas tirer au clou pour passer quoi ! 

 
 Cheile Turzii vaut le déplacement pour faire de belles arêtes, des voies classiques sur piton. Ici pas de voies sportives sur les critères actuels, la dalle engagée est de rigueur pour grimper sur spits. Les sentiers d’accès demandent globalement un bon pied montagnard. Le topo est consultable  au secours en montagne, batiment « Salvamont » en face du parking.   

N’ayant toujours pas trouvé la voie, et ne voulant pas l’attendre comme Brice ( de Nice) pour la vague, nous reprenons la route vers Cheile Bicazului.  Ici il y a des gorges spectaculaires avec une route au fond ; route où il y a pas mal de circulation et aussi, sous les surplomb , des boutiques entassées sur le bord de route…Plusieurs dizaines d’étals animent aussi le lieux et on ne sais pas trop si l’escalade est bien vue au dessus des terrasses…Aussi nous grimpons le Piatra Altarului  par l’arête , belle voie facile et constatons que la moindre fissure à un piton…que le rocher est rayé de trace de crampons… une vraie pratique de la grimpe, été comme hiver, est depuis longtemps présente en Roumanie. .  Nous faisons aussi une halte sur un site de couenne en Dalle : Peretele Postei,  que nous trouvons par hasard après 2 approches infructueuses en suivant scrupuleusement le topo…Ici aussi pas mal de plastiques sur les abords des chemins, assez pour avoir le sentiment que c’est sale.
 5 jours sont passés, le Roc Trip se transforme en Trip Roc et il est temps que l’on inverse le rapport entre kilomètres de bitume et mètres d’escalade. Aussi direction Brasov ( Kronstadt est le nom allemand). Cette très belle cité, où il y a salle d’escalade et magasins spécialisés est au cœur de la Roumanie grimpantes. Il y a des sites qu’il est possible de rejoindre en transport urbain ( comme Pietrele Lui Salomon). Comme partout : ces sites urbains sont bien patinés . Pour les infos : il y a un très bon topo qui couvre la zone, pour l’escalade sportive en couenne : Le Topo Rock Climbing in Romania, tome 1 sur Brasov et les sites décrits ci-dessous.  
Après une visite au  secours en montagne « Salvamont », très accueillant de Poiana Brasov (station de ski équipé d’infrastructures identiques aux nôtres, hôtel de luxe, patinoire, restaurants, boutiques etc…) , ou nous avons été renseigné par les secouristes/ guides (l’un d’entre eux,  Catalin Petrescu est le champion d’escalade Roumain ! )nous partons vers Piatra Craiului où semble t’il il y a de la place pour « la voie » .
 Pareil à un cétacé géant échoué sur la plaine, échine calcaire de plusieurs kilomètres, ce site est une montagne emblématique des Carpates. Ici on verra des ours !
Après une journée de repérage en parcourant Lespezile Lirei,  une belle classique sur piton , nous repérons une ligne possible en beau rocher, plus raide, qui est juste à proximité. Ouvrir si près suscite quelques débats mais face à la difficulté des approches et à la densité de voies dans les faiblesses, il va falloir faire des compromis. En effet, ici il n’y a pas de paroi évidente, pas mal de vire et de ravin et il faut vraiment être à proximité pour saisir l’architecture précise de la montagne ( ou alors il faut un budget hélicoptère). Après 1 journée et demi de labeur nous ouvrons les « Pas revenus », 6 longueurs ( 6c+ max, 1 jeux de friends jusqu’au 3, descente en rappel). Elle coupe en 1 endroit la vieille voie Lespezile Lirei mais c’est un autre regard que nous posons sur ce rocher très compact propice au libre. Et les locaux semblaient enchantés que des étrangers ouvrent sur leurs sites. 

Piatra Craiului : Site présentant des approches longues et bien raides. Ce coté Widerness à un charme certain et même si les parois ne sont pas très haute, entre l’approche, la voie et le retour cela fait de bonne journée.  Il y a pas mal de voies sur piton sur le rocher de Diane à l’Est de la chaine. Il y a de belles courses d’arêtes classiques à faire. Pour une ambiance « frankenjura : voies courtes, calcaire blanc, micro secteurs de 10 voies parcourant une belle gorges, signalons « Prapastia Ursului », où il y a un 7c mythique dans le coin « Highlander » et un beau 7c+ «  trans Sexual »…S’ensuit une journée de « repos » en couenne. Repos pour les jambes tout au moins : les grandes voies c’était 2h30 d’approche bien raide, sur des sentiers « into the wild ». Dommage d’être fatigué car le site de Cheile Rasnoavei est majeur. Au niveau de la qualité du rocher et de l’équipement , c’est du même acabit que Herculane. Le site est cependant peu fréquenté, les sentiers sont à peine visibles  (toutefois il est facile de se repérer depuis le parking ; 15 minutes d’approche. Les voies que nous avons gravies sont vraiment classes, très bien équipées et avec des cotations françaises ! Le site est très accueillant pour les grimpeurs, ensoleillé,  avec des tables de piques niques couvertes posées sur un plancher et des barbecues à disposition…la rivière et le chemin à portée de main. On se demande encore pourquoi on  y est pas resté…
Le démon de la route nous reprend pour la dernière étape du programme. 


 Oliv dans le premier 6c+

Nous nous rendons à Busteni  et Sinaia. Apparemment il y a là une belle paroi de conglomérat. Dominant la ville de Busteni,  il y a en effet une vraie paroi de presque 400m « au-delà de la verticale ». Infos prise auprès du Salvamont, on nous conseille la « Fissura Albastra » ( 6b oblig/ A1 ou 7 b).
Pour occuper l’après midi et pour être sûr d’être bien fatigué le lendemain dans ce morceau de bravoure que semble être la fissure : nous partons grimper pour changer. Il y a ici aussi de jolis secteurs de couennes toujours enclavés dans des gorges difficile à trouver…Nous avons réussit apitoyer un gardien de parking qui, nous voyant étudier les cartes et topo en double file pendant ¼ d’heure nous a finalement conduit au bon parking. Bien nous en a pris car il y a là un petit secteur au rocher dément : Valéa Pesului, secteur Inox. Le 6b+ de ce secteur est world class et la voie Inox (7b)  majeure également.

Le réveil sonne à 7h…l’approche qui paraissait évidente sur la carte ( les topos sur www.eclimb.ro ne donnent pas d’infos précises sur les accès et retour) devient une véritable course en montagne. C’est au bout de 4h de crapahutages   variés et exposés, dont quelques portions d’escalade sur les pins Mungos, que nous  arrivons au pied de la voie.  A 13h, on attaque bien light, on a déjà tout mangé  et presque tout bu ! Ouverte en 1955, la voie emprunte de façon astucieuse la moindre faiblesse mais bientôt il n’y a que la fissure, bien déversante  qui offre de belles envolées en 6c.  Les longueurs s’enchainent, quelques pitons bienvenu nous permettent de ne pas trop pinailler car il est tard et il y a la descente…On se méfie désormais de ces montagnes et de leurs  cartes…Cette paroi offre ce que nous sommes venu chercher : du gaz, du bon rocher, des voies d’ampleur. On peut rajouter un zeste d’aventure pour l’approche et le retour loin d’être évident. Au sommet de la voie on à la chance de tomber sur Alex Paun, grimpeur et guide  roumain, qui vient de gravir une voie sur goujons  avec du 6c oblig. Nous l’avions rencontré  à Herculane et c’est lui qui avait joué au banjo « Oh champs Elysée » en l’honneur des français !
C’est en le suivant que nous réalisons que les Carpates ont beaucoup à nous apprendre. En l’entendant pousser des cris gutturaux  pour prévenir les ours tout en parcourant d’improbables vires en pleine paroi.  Alors que nous arrivions sur la fin de la marche de retour, en pleine nuit, Alex nous fait boire dans ce qui pour lui était une source… A première vue, cette flaque d’eau croupie ne nous inspirait pas confiance, mais aux dire d’Alex et de Sorin, l’ours boit ici régulièrement  (gage de propreté) alors n’ayant rien bu depuis des heures, nous buvons aussi ! nous sommes, à quelques centaines de kilomètres de la France, déjà bien plus loin dans nos têtes
Le Bucegi est le spot de grande voies sportives engagées ou traditionnelles ( pitons type Vercors années 70).  

 Topo de la voie ( dessiné par Zsolt).